THEATRE



Peaux de Lapin, Peaux ! (Inédit)

 

Une ville de province dans les années mille neuf cent quatre-vingt.
Pièce sous les toits dans les ateliers d’un récupérateur.

LA MERE, décédée.
LE PERE, décédé.

YOLANDE, fille et second enfant.
FELIX, fils et troisième enfant.
MAXIME, fils cinquième et dernier enfant.

FERNAND, ouvrier.
CONTREMAITRE.

ANGELIQUE, bonne et gouvernante de la famille.

« Voyez ce chiffonnier qui passe, courbé sur sa lanterne pâlotte ; il y a en lui plus de cœur que dans tous les pareils de l’omnibus. »

Lautréamont, les chants de Maldoror, Chant 2

Scène 1

Félix, Maxime, Yolande, la mère, le père, voix de Fernand.

Atelier où le travail des femmes est de trier les vieux chiffons. Grande pièce aux murs remplis de ballots de chiffons, de sacs en grosse toile. Caisses en bois recouvertes d’un dessus-de-lit récupéré ainsi que des couvertures pliées, vieilles poupées, vieux nounours. Un lavabo, un miroir. Une horloge. Des écriteaux. Au sommet d’une pile de matelas de laine usagés, deux jambes nues dépassent, un bras aussi avec un sac pendu au poignet. Dans un lit-cage est allongé le corps d’un homme. Sur un montant du lit, son chapeau. Debout dans la pièce une femme et deux hommes.

FELIX. Si vous permettez, je vais prendre ces sacs en toile de jute.

MAXIME. Maman est morte.

YOLANDE. Nous sommes morts. Elle nous a tués. Papa aussi.

FELIX. C’est ça. Retourne à ton piano pour chialer sur ton petit cœur. Dans trois minutes, tu te grattes, les puces.

YOLANDE. Vous entendez toutes ces abeilles ? Elles ont fait leurs ruches dans les paniers d’osier.

FELIX. Je vais aussi prendre les paniers, avec les abeilles. Ce sera parfait pour mon exposition.

MAXIME. Maman a perdu ses chaussures. Où sont-elles ?

FELIX. Une grosse rate les a enfilées pour aller à la fête !

YOLANDE. Quelle grosse rate ?

FELIX. Toi !

YOLANDE. J’ai piqué les chaussures de maman ?

MAXIME. S’il n’y avait que les chaussures !

YOLANDE. Mes deux frères sont des êtres charmants avec lesquels j’ai eu une enfance de rêve, nous avons peu l’occasion de nous retrouver malheureusement.

MAXIME. N’écoute pas maman, ta pauvre fille manque de tout. Ni maison ni jardin, ni meubles, ni tableaux, ni habits ni bijoux, ni mari ni enfant, pas un sou !

YOLANDE. Si cela ne vous ennuie pas, je prendrais la commode régence.

LA MERE. Je donne la commode régence à Maxime.

MAXIME. Maman me donne sa commode.

YOLANDE. Elle n’a pas le droit.

MAXIME. Elle fait ce qu’elle veut.

YOLANDE. C’est trop tard. Quelqu’un peut-il me gratter le dos ? C’est important entre frères et sœur de se gratter le dos. Ma peau n’a jamais pu supporter la moindre piqûre de puce.

LE PERE. Fernand, vous passerez du grésil.

VOIX DE FERNAND. Oui patron.

FELIX. L’Alsacien, l’ami de papa, incorporé en 41, vous vous souvenez ? Entièrement rasé, sourcils, cheveux, dessous-de-bras, couilles et plongé dans un bac de grésil. Picoti Picota. Douleur atroce. Odeur abominable. Le grésil tient le monstre éloigné. Je vais plonger ces sacs de jute dans la colle, les recouvrir de linges usés, déchirés. Nous sommes tous en haillons.

MAXIME. Pas toi maman, tu es notre princesse au petit pois, descends, qu’est-ce que tu fais là-haut ? Quelle robe portes-tu ?

FELIX . Maman est nue.

MAXIME. Comment peux-tu ?

FELIX. Quelque chose brille à son doigt.

LE PERE. C’est la bague en diamants que j’ai offerte à votre mère pour nos cinquante ans de mariage.

YOLANDE. Je la veux.

MAXIME. C’est moi.

LA MERE. Je donne cette bague à Maxime.

MAXIME. Maman me donne sa bague.

YOLANDE. Non.

FELIX. Moi, je prends ce qu’il y a dans son sac en croco, si vous permettez.

MAXIME. Non.

YOLANDE. Non.

FELIX. Le sac est ouvert, quelque chose dépasse. Je n’arrive pas à voir ce que c’est.

Ils essaient d’attraper le sac. Une photo tombe sur le sol.

    … Fin de l’extrait.


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